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Moussa d’Amérique

 
 
 
 Prospects


par Julien Guérineau - 27/03/2020
 
 
Après avoir quitté la France à 14 ans, Moussa Diabate (2,08 m, 18 ans) est devenu un des meilleurs joueurs de high-school aux Etats-Unis. Courtisé par les plus prestigieuses universités américaines, l’ancien de la Saint-Charles Charenton ne devrait pas attendre longtemps avant de se présenter à la draft.
Alors que les différents championnats sont à l’arrêt pour lutter contre le COVID 19, la FFBB vous propose de découvrir quelques-uns des meilleurs prospects français. On poursuit notre tour d’horizon avec Moussa Diabate, international U18 l’été dernier.

A l’été 2018, Bernard Faure, l’entraîneur de l’Equipe de France U16, attendait avec curiosité le retour sur nos rivages de Moussa Diabate, exilé depuis deux ans aux Etats-Unis, pour l’Euro U16. Avec les Bleuets, le jeune homme marque les esprits : 11,1 points et 10,3 rebonds de moyenne dont une partition monumentale en quarts de finale face à la Serbie avec 16 points et 17 rebonds. A l’été 2019, Lamine Kébé, l’entraîneur de l’Equipe de France U18, attendait avec curiosité le retour sur nos rivages de Moussa Diabate exilé depuis trois ans aux Etats-Unis, pour l’Euro U18. Avec les Bleuets, le jeune homme marque les esprits : 13,1 points, 11,1 rebonds de moyenne et un découpage en règle de la Grèce en phase de poule avec 14 points et 20 rebonds.

La fuite

En deux compétitions internationales, Moussa Diabate a balayé les doutes concernant son évolution loin des structures de formation du basket français. L’ancien joueur de la Saint-Charles Charenton fait partie des tous meilleurs prospects mondiaux de sa classe d’âge. Ses qualités athlétiques sont époustouflantes, son niveau d’intensité spectaculaire et sa marge de progression encore bien réelle, lui qui compte à peine plus de six ans de basket dans les jambes. "S’il n’a pas de pépins, il sera drafté, j’en suis persuadé", tranche sans hésitation Lamine Kébé. Son départ en novembre 2016 avait beaucoup fait parler dans le tout petit monde des formateurs du basket francilien. Diabate a alors 14 ans et débute sa deuxième saison en U15 France avec la Saint-Charles Charenton. Son duo avec Daniel Batcho fait saliver les spécialistes. L’équipe du Val de Marne enchaîne les victoires mais après cinq journées et alors qu’il est attendu avec l’Ile de France au Camp Inter Zones au Temple sur Lot, le Parisien disparaît. Les dirigeants de Charenton n’auront plus de nouvelles de leur pépite, orientée par un intermédiaire vers le lycée de Montverde en Floride. Un dépaysement total pour un joueur aussi jeune. Et si la destination est prestigieuse, l’établissement ayant vu passer des stars comme Ben Simmons ou D’Angelo Russell, l’adaptation s’avère particulièrement ardue. "J’ai eu des moments de prise de conscience qui ont été très importants dans ce que je fais aujourd’hui", estime Moussa Diabate. "A Montverde, après deux mois c’était terriblement difficile. Je devais m’habituer à un nouveau jeu. Je ne comprenais rien, je ne parlais pas anglais. Je n’étais même pas dans l’équipe 1. J’étais loin. Je me demandais ce que je faisais là."

Malgré l’envie de trouver rapidement un billet retour, Diabate s’appuie sur sa foi et son talent pour s’accrocher et gravir les échelons. Depuis, il a changé chaque année d’institution et figure désormais dans le top 10 des joueurs de high school du pays. Michigan, Kentucky ou Florida sont sur les rangs pour l’accueillir. Théoriquement en 2021. Mais le prospect pourrait choisir de "reclassifier" pour débuter sa carrière universitaire dès la rentrée prochaine plutôt que de faire une ultime année de high school, où le niveau d’opposition et d’exigence collective est à géométrie variable. "Lors de ma deuxième saison je tombais parfois contre des petits qui ne savaient pas sauter et à peine jouer. C’est pour cela que j’ai changé." A DME Academy puis IMG Academy, Diabate s’impose et en impose, intégrant tous les codes d’un basket centré sur l’individu. "C’est un vrai business. Les qualités individuelles priment sur le basket d’équipe. Surtout en AAU (ndlr : circuit parallèle au championnat disputé l’été). C’est du cirque parfois. En France si tu es le plus fort de ton équipe et que tu perds tous les matches, personne ne te regardera. Les Européens ont une meilleure approche. Ce qui compte c’est ce que tu montres sur le terrain, pas les vidéos sur Youtube."



Un sentiment de revanche

Pour Diabate, la question ne se pose plus. Tous les regards des scouts sont portés sur son physique longiligne de 4/3. Et ses prestations lors des deux Euros jeunes qu’il a disputés ont confirmé son immense talent dans un contexte très éloigné de sa réalité américaine. "Les compétitions internationales m’ont vraiment aidé sur mon jeu", estime-t-il. "Mais si j’étais resté aux Etats-Unis j’aurais aussi développé mon basket. C’était surtout une question personnelle. J’aime la compétition. Quand on me parlait d’Ousmane Garuba (ndlr : pivot de l’Espagne U18 déjà vu en Euroleague avec le Real Madrid), je voulais voir par moi-même. Et puis faire la préparation à l’INSEP ça voulait dire vraiment quelque chose. Je trouve qu’on m’a regardé de haut. On m’a sous-estimé."

"Celui qui n’avait pu intégrer le pôle espoirs d’Ile de France en a gardé un souvenir amer qui a sans doute guidé ses envies d’ailleurs. "Au début je ne voulais plus revenir en France. Je voulais couper les ponts. Pour grandir… et par vengeance.Désormais apaisé et remarquablement lucide sur son environnement, Diabate a puisé dans deux univers pour devenir un monstre de polyvalence. "J’étais très curieux quand il est arrivé au stage. Et sans a priori", note Lamine Kébé. "Au bout de 15 minutes d’entraînement on a su qu’il serait dans l’équipe et avec un rôle important. Il dégageait un énorme enthousiasme et une grande motivation. Il est vite devenu un leader vocal malgré le fait qu’il avait un an de moins et qu’il évoluait avec des joueurs qu’il ne connaissait pas forcément. Il a eu des difficultés pour se mettre à niveau tactiquement. Mais il a fait beaucoup d’efforts, il posait énormément de questions et était en demande régulièrement de l’évaluation de ses performances. Je n’ai pas ressenti cette idée de revanche chez lui mais une détermination constante. L’envie de montrer qu’il est le plus fort. Mais pas contre les autres, une motivation très positive."

Leader naturel, Diabate, qui vient de fêter ses 18 ans, s’est vu fixer deux axes de développement par son entraîneur en Equipe de France. Son tir extérieur tout d’abord, avec la volonté de développer un tir à trois-points indispensable dans le basket moderne. Son sens du jeu ensuite avec une attention particulière portée au spacing et aux placements sur le terrain. Parti sur un coup de tête, le jeune homme a eu la volonté et la chance de ne pas sombrer loin de chez lui, alors que de nombreux autres succombent aux sirènes américaines pour revenir en manque de repères et de débouchés. Les siens sont plus clairs et se résument en trois lettres : NBA.