Équipes de France Jeunes
 
 
 
 

"Ce n’est pas facile à piloter une Ferrari"

 
 
 
 FIBA


Julien Guérineau - 28/07/2020
 
En 2006, la France s’appuie sur une exceptionnelle génération 88-89. Déjà championne d’Europe en U16, elle confirme son statut en U18 en décrochant une nouvelle médaille d’or.
 
"On était en mode gestion de crise. On a fait des réunions. Par groupes. Par joueur. Ça la foutait mal quand même."  Le 20 juillet 2006, lors du dernier match de la première phase de poule de l’Euro U18, la France favorite de la compétition, se prend les pieds dans le tapis contre l’Islande. L’Islande ! Le revers inattendu ne remet pas en cause la qualification pour la seconde phase des Tricolores mais elle met cruellement en lumière que la machine de guerre attendue est totalement grippée. L’entrée en matière avait pourtant été spectaculaire avec l’atomisation en règle de la Croatie (90-56). Les U18 sont alors dans la lignée de leur remarquable prestation au tournoi de Mannheim. "Un des plus grands souvenirs de ma carrière", estime Richard Billant. Champions d’Europe U16 en 2004, la génération 88-89 est persuadée qu’elle va doubler la mise. Mais elle en oublie ses principes de base, la défense, et est rappelée à l’ordre par l’Espagne avant le couac islandais. "Il faut toujours être modeste en sport", rappelle leur entraîneur. Le début du deuxième tour n’apporte pas de réconfort immédiat. Un nouveau revers contre la Lituanie met la France dos au mur.
 
Si elle veut rallier les demi-finales elle doit commencer par dominer la Grèce. Bien des années plus tard, certains juniors auront une tendance à légèrement réécrire l’histoire. Se souvenant d’une ambiance explosive dans la petite salle d’Amaliada. "Il n’y avait pas grand monde", sourit Richard Billant. "Et puis on les a éteints d’entrée." Les locaux sont effectivement éparpillés aux quatre coins du parquet (+43) et perdent leurs nerfs. "Un mec a craché sur Nicolas Batum et a été expulsé." A l’image de son équipe, l’ailier du Mans est relancé (18 pts, 16 rbds) est relancé. L’Italie résiste mais est écartée et le top 4 est atteint. "La peur avait disparu", note Richard Billant. "On se sentait invincibles. On était tombé tellement bas qu’on pensait que plus rien ne pouvait nous arriver. Une équipe qui a été dans la merde a souvent plus de ressources. J’ai rarement été aussi optimiste en arrivant en demi-finale…"
 
Les deux derniers matches sonnent comme une revanche. L’Espagne puis la Lituanie sont cette fois dominées pour offrir à la France son troisième titre européen dans la catégorie et lancer un débat pour savoir qui de la génération 82-83 (Parker, Diaw, Pietrus, Turiaf, Diawara) ou 88-89 (Batum, Ajinça, Diot, Jackson, Moerman) est la plus talentueuse. "Je savais qu’on avait une Ferrari. Et ce n’est pas facile à piloter une Ferrari !", s’exclame Richard Billant qui se souvient d’un groupe parvenu à rester uni et sérieux dans sa quête de l’or. "A Amaliada le logement était incroyable. J’avais un appartement en duplex et sur mon balcon l’escalier pour descendre directement dans la piscine. On avait serré la vis vis-à-vis des joueurs. On surveillait ce qu’ils mangeaient, Philippe Urie était missionné pour faire la police. Les autres équipes se bâfraient." Parmi les 12 juniors en or, 8 porteront le maillot de l’Equipe de France A. Un ratio exceptionnel qui a inscrit un peu plus cette génération dans l’histoire du basket français.